L’interview de Jean-Marc Furlan: “Je dois tout à La Coupe de France”

furlanL’entraîneur de Troyes, qui s’est fait connaître par ses exploits avec Libourne-Saint-Seurin en Coupe de France, défend sa philosophie offensive avant d’affronter Bordeaux mardi en demi-finale.

Sans complexe face à Bordeaux

Bordeaux a besoin de cette finale pour sauver sa saison, pour nous cette demi-finale est un rêve. Troyes et 19e de L1, donc loin d’être maintenu. On n’a rien à perdre. Bordeaux a préparé ce match en laissant des joueurs au repos le week-end dernier. Mes joueurs seront plus fatigués mais galvanisés par la perspective de disputer la première demi-finale de Coupe France au Stade de l’Estac. Tout le département de l’Aube attend d’aller au Stade de France.

La Coupe au cœur

Même si j’ai fait monter Libourne/Saint-Seurin de la CFA2 au National, je n’aurais jamais pu entraîner un club professionnel si je ne m’étais pas fait connaître à travers la Coupe de France. Il est très rare qu’un club pro français aille chercher un technicien venu du monde amateur. Libourne-Saint-Seurin détient le record de qualifications consécutives en 32e de finale de la Coupe de France. Six avec moi et une sous la direction de Didier Tholot. Avec ce club, j’ai éliminé des équipes comme Lyon, Lille ou Metz. Cette compétition a marqué ma carrière d’entraîneur. Cette demi-finale a donc quelque chose de solennel pour moi. Quand nous avons éliminés Sochaux en 8e de finale, j’ai pensé aux émotions exaltantes que j’avais vécues avec Libourne. Je suis très attaché à cette compétition. Certaines équipes de L1 ou de L2 n’accrochent pas. Les enjeux du championnat les font décrocher dès leur entrée en lice. Ce n’est pas notre cas.

Pérennité financière

Si Troyes n’arrive pas à se maintenir en fin de saison, cela ne tiendra pas à sa manière offensive de jouer mais aux réalités économiques. Notre budget s’élève à 22 M€ mais nous en consacrons une bonne partie à notre centre de formation. Troyes a la plus petite masse salariale de Ligue 1. C’est la raison principale de nos difficultés sportives. Le seul club ayant réussi à se maintenir durablement dans ces conditions reste Lorient. Au fil des saisons, Lorient s’en est sorti grâce à sa qualité de jeu. Ce qui lui a permis par la suite d’avoir un budget plus conséquent. Avec mon président, nous sommes d’abord préoccupés par la pérennité financière de Troyes. De nombreux clubs de Ligue 1 sont en délicatesse sur le plan économique. Notre situation comptable est saine.

Philosophie offensive

Le foot français est latin dans son approche. On prône souvent la prudence. Pour ma part, je me sens plus proche du style de jeu néerlandais. C’est une doctrine française d’affirmer que l’on obtient plus de résultats en pratiquant un jeu très défensif. A mon sens, cela marche une ou deux saisons, seulement de manière sporadique. Les soucis viennent après. Il est alors souvent trop tard pour faire évoluer le jeu d’une équipe. Les exemples de clubs qui se sont cassé la figure par la suite ne manquent pas. L’essentiel de mon travail est axé sur le jeu offensif. Il est plus facile de mettre en place une équipe compacte en position basse en laissant la possession du ballon que de chercher à créer du mouvement. En développant un jeu collectif bien étayé, on cherche à s’inscrire dans la continuité. Ce tronc commun nous sera aussi utile si on retourne en Ligue 2. Beaucoup de clubs qui sont passés en Ligue 1 ont ensuite quasiment disparu au niveau professionnel faute d’avoir mis une place une identité de jeu.

Une saison délicate

Notre dix-neuvième place n’est pas en rapport avec la qualité de notre jeu. Nous payons nos trois premiers mois ratés. On a vécu un début de saison difficile. J’ai eu du mal à mettre l’équipe en place à cause des blessures. Je suis frustré de voir cette équipe qui fait souvent jeu égal avec les meilleurs se retrouver en position de relégable. Mais on me prête des intentions pas tout à fait exactes. Par exemple, quand on va Lille, je demande à mes joueurs de fermer. On me fait passer pour un kamikaze mais je donne aussi la priorité aux résultats. Je veux gagner tous les matches mais je crois qu’un club se construit en offrant du spectacle à son public. Troyes a d’ailleurs battu son record d’abonnements cette saison. Avant de penser au maintien, le club a pensé à assurer sa pérennité économique. Cela eu des conséquences sur notre effectif puisque nous avons laissé partir notre meilleur défenseur (Sidibé) et notre meilleur milieu (Obbadi).

Les chances de maintien

Il est encore possible de se maintenir mais les chances sont infimes. Notre survie en Ligue 1 ne tient plus qu’à un fil. Mais on abordera chaque match avec beaucoup d’envie. Après la chance peut nous aider surtout si nous conservons une dynamique conquérante. A Nice, on n’est pas passé loin faute de réalisme. Contre Evian-TG cela a bien tourné pour nous. J’ai l’impression que les joueurs croient plus que moi au maintien. C’est l’essentiel car ce sont eux les principaux acteurs. Je ne suis qu’un vecteur de motivation.

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